Interfaces pour seniors : nuls, infantilisants ? Cela ne marche pas !

Interfaces pour seniors : nuls, infantilisants ? Cela ne marche pas !

Telle était la conclusion lors de la manifestation conclusive de Plus Longue La Vie

Mes amis, vous vous trompez. Oui, certaines opérations commerciales n’ont pas eu le succès escompté (ont-elles été bien menées au plan marketing ?). Si l’on veut adresser 70% ou 80% du "marché des seniors", alors ce n’est sans doute pas le meilleur choix commercial.

Faut-il en conclure que cela ne marche pas et surtout que c’est "infantiliser" les personnes ?

Si l’objectif n’est pas le business, mais d’essayer de réduire la "fracture numérique" bien réelle, alors, si,  cela marche bien. Soyons vigilants à ne pas entretenir les fractures par intellectualisme : présenter plus de 200.000 seniors en Europe comme des imbéciles (ou simplets), c’est être bien peu respectueux de ces personnes. C’est aussi laisser pour compte ceux qui ont précisément besoin que l’on s’intéresse à eux. Il existe deux catégories de personnes pour lesquelles les interfaces simplifiées sont utiles :

-       1-   Les personnes qui ont des handicaps légers, mais gênants, liés à l’âge : vue qui fatigue sur écran ou qui baisse, difficulté à manipuler une souris, oubli de la manière dont cela marche… Par expérience, c’est 3 personnes sur 10 en moyenne dans des groupes de plus de 70 ans en milieu aisé en Ile de France (le taux augmente en province). Souvent ces personnes ont un ordinateur et ne l’utilisent pas. Pourquoi ?

-       2-   Les personnes plus jeunes (« jeunes seniors ») qui rejettent « culturellement » l’informatique mais qui ressentent un besoin de l’utiliser pour des raisons pratiques.

Dans ces deux cas, nous constatons bien que l’utilisation d’interfaces simplifiées marche et répond aux attentes. Mais cela ne suffit pas : il faut aussi apporter un soutien complémentaire. Les résultats sont liés au soutien autant qu’aux outils.

Ces publics ne sont pas des cibles commerciales juteuses car ils ne sont pas sensibles à des campagnes de marketing classiques et ils en sont de plus souvent à l’écart.

Oui, cela ne marche pas commercialement, mais cela marche bien socialement. C’est pourquoi ce sont les associations et la Collectivité qui seuls peuvent répondre comme il convient à ce problème de société. Des programmes européens d’envergure y contribuent dans d’autres pays d’Europe avec succès, mais la France reste à l’écart par élitisme.

Mes amis, vous faîtes erreur, ou peut-être me suis-je mépris sur le sens des valeurs du programme Plus Longue La Vie dont je salue par ailleurs la qualité. Les minorités "numériques" méritent qu’on s’intéresse à elles. Nous continuerons à le faire car nous ne partageons pas vos analyses.

C. Leroy, président d’IDUTAIP.

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